La Grande Messe en ut mineur de Mozart : genèse, influences et portée spirituelle 

image qui représente Mozart en veste rouge et perruque sur la gauche de l'image avec en arrière plan un homme penseur

Les 19 et 21 juin 2026, dans l’église saint Symphorien de Versailles, l’ensemble Chant Libre chantera la « Grande Messe en ut mineur » de Mozart, sous la direction de Stéfan Rérat. Le travail vocal du chœur sera enrichi cette année par un orchestre et quatre solistes.

Contexte historique de la Grande Messe en Ut Mineur : Une messe née d’un vœu personnel

En cette année 1782, Mozart âgé de 26 ans, est installé à Vienne et profite de sa nouvelle liberté depuis qu’il s’est affranchit de la double tutelle de son père et surtout de l’archevêque de Salzbourg, Colloredo.

Alors que ce dernier avait été jusqu’ici l’inspirateur de ses principales œuvres religieuses, plus aucune autorité ne guide désormais le compositeur dans sa volonté d’écrire pour l’Eglise.

Pour la première fois, ce n’est donc pas une commande mais une promesse d’amour qui sera à l’origine de l’une des plus belles œuvres du répertoire sacré. Une promesse faite à celle qui a gagné son cœur et qu’il s’apprête à épouser, malgré l’opposition de son père : Constance Weber. Afin d’obtenir la guérison de la jeune femme, alors souffrante, Mozart s’engage à composer une messe d’action de grâces.

A l’issue de la convalescence de Constance, leur mariage est célébré le 4 août 1782, et Mozart se lance dans l’écriture de cette nouvelle messe, comme il s’en confie à son père, dont il espère la réconciliation  dans une lettre du  4 janvier 1783 :

« J’ai véritablement fait cette promesse dans mon cœur, et j’espère véritablement la tenir. –

Quand je l’ai faite, ma femme était encore souffrante – mais comme j’étais fermement résolu à l’épouser dès qu’elle serait guérie, je pouvais facilement promettre cela – […] comme preuve de la réalité de mon vœu, j’ai la partition de la moitié d’une Messe, et qui donne les meilleures espérances. »

Et c’est à celle qui fut son inspiratrice que Mozart confie les parties de soprano solo lors de la création de cette Messe en ut mineur, en l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre à Salzbourg, le 26 octobre 1783.

La difficulté technique de ces airs laisse ainsi supposer que la jeune femme possédait de réelles qualités vocales.

Les influences de la messe : Bach, Haendel et l’héritage baroque

Un tournant dans le style de Mozart s’opère à son arrivée à Salzbourg, lorsque celui-ci se lie d’amitié avec le baron Gottfried von Swieten. Ce dernier collectionne dans sa bibliothèque des manuscrits des grands maîtres de musique baroque Bach et Haendel. C’est une révélation pour Mozart, qui passe désormais de longues heures à étudier la musique de ses prédécesseurs. Il décide alors d’intégrer des procédés propres aux musiques de Bach et Haendel dans sa Grande Messe en ut mineur.

L’“Et incarnatus est”, sommet de douceur et de recueillement

Différents styles se côtoient dans cette œuvre d’une bouleversante force dramatique. Entre une certaine sévérité, une gravité quasi funèbre, des vocalises triomphantes et une vraie tendresse consolatrice, Mozart déploie toute une palette d’expressions. A la déploration, que souligne la sombre tonalité d’ut mineur et un langage harmonique audacieux voire dissonant, répond une touchante sérénité, dont le miraculeux « Et incarnatus est » est sans doute le plus beau témoignage. Dans cet air de soprano tout n’est que douceur et recueillement. Ici, un trio de flûte, hautbois et basson, souligne admirablement les vocalises du chant évoquant, avec tant de pureté, la maternité de la vierge. Le climat est celui d’une berceuse, écrite peut-être pour célébrer la naissance imminente du premier enfant du couple.

Cette messe grandiose, qui nous saisit par la puissance de ses chœurs, est aussi profondément humaine à tel point que semblent s’y rejoindre le sacré et le profane.

Une œuvre reprise pour le Davide penitente 

Au début de l’année 1785, Mozart reçoit la commande d’une cantate : le Davide Penitente. Cette œuvre doit être livrée pour une messe le 13 mars de la même année. Cette commande a été si brutalement faite que Mozart n’a pas eu le temps suffisant pour composer une œuvre entièrement originale.

Le Davide Penitente contient donc huit numéros qui sont des reprises musicales de sa grande messe en ut mineur sur un livret attribué à Lorenzo Da Ponte, seuls deux arias et la cadence du dernier mouvement seront composés pour l’œuvre

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.